Emilio Nsue, légende du foot équato-guinéen, retraité en catimini
- jeunepatriotes49

- il y a 4 heures
- 3 min de lecture
C’est quasiment dans l’indifférence générale et avec un petit hommage de la part de sa fédération qu’Emilio Nsue a annoncé sa retraite de footballeur. Une sortie par la petite porte pour celui qui reste sans doute le meilleur joueur équato-guinéen de l’histoire, meilleur buteur du Nzalang.

« Le moment est venu de dire au revoir. Plus de deux décennies à vivre le rêve qu'un garçon de 9 ans avait autrefois. Merci à tous ceux qui ont pris part à cette aventure. À ceux qui étaient là dès le début, à ceux qui nous ont rejoints en cours de route et à tous ceux qui ont rendu ce parcours inoubliable. Aujourd'hui, je tourne une page, mais l'histoire continue. Merci pour tout. »
Il s’est occupé de presque tout, un peu comme lorsqu’il était capitaine du Nzalang. Pour annoncer sa retraite de footballeur, Emilio Nsue a publié ces mots, mais aussi une vidéo de quatre minutes sur Instagram, montée comme un condensé de sa vie rêvée de footballeur : des exploits face au Real Madrid et au Barça, des buts en Liga, des célébrations en rouge du Nzalang, des soirées de CAN où son nom résonnait très fort. Plus que sur les pelouses d'Europe.
Passé pro en 2006 avec le RCD Majorque à 17 ans, un club avec lequel il jouera 151 matches en six saisons, le jeune joueur aura toutefois toutes les peines du monde à confirmer les espoirs placés en lui au plus haut niveau, ce qui lui fera ensuite suivre un parcours tortueux entre des clubs de Championship anglaise et Chypre. Depuis 2022, ce baroudeur évoluait pour Intercity, club d'Alicante (Espagne) naviguant entre la troisième et la quatrième division espagnole.
Dans sa vidéo, en voix off, Nsue remercie ses deux pays : l’Espagne, patrie de sa mère, où il est né, où il a porté le maillot des sélections de jeunes ; et la Guinée équatoriale, terre de son père, qui l’a fait connaître en Afrique et dans le monde.
Ce dernier pays ne lui a rendu qu’un petit hommage avec un simple post sur X et Instagram. À cause, sans doute, d’un conflit qui oppose le joueur et sa fédération. Nous y reviendrons.
Pourtant, il y avait de quoi dérouler le tapis rouge. Nsue, capitaine emblématique, est le meilleur buteur de l’histoire de la Guinée équatoriale, 23 buts en 43 matchs, et sa trajectoire colle parfaitement à la progression du Nzalang sur la scène continentale. Le 24 mars 2013, il fait ses débuts internationaux avec la Guinée équatoriale. Deux ans plus tard, il représente le pays à la CAN 2015, à domicile. Porté par une ferveur inattendue, le Nzalang atteint les demi-finales et Nsue s’installe définitivement comme un des visages de cette sélection.
En 2024, Nsue finit meilleur buteur de la CAN en Côte d’Ivoire et est inclus dans l’équipe type. Il devient, par la même occasion, le joueur le plus âgé à inscrire un triplé dans un match de CAN.
La suite, c’est donc ce conflit avec sa fédération : quelques semaines après cette belle CAN, Nsue est exclu par la Feguifut pour avoir pris part, selon elle, à « plusieurs épisodes d’indiscipline grave, au point de nécessiter l’intervention des forces de l’ordre ». Sanction immédiate : suspension pour une durée indéterminée.
Le joueur réplique. Dans un live Instagram, il retire les gants et dénonce frontalement la corruption et les graves dysfonctionnements qui minent le football de son pays. « Ces cancers, ces voleurs, ces menteurs et ces corrompus qui gèrent le football en Guinée équatoriale ont dérobé 1 million d’euros après la CAN au Cameroun, après que nous avions tout donné sur le terrain. (…) Moi, ils m’ont humilié en mondovision. C’est la plus grande humiliation de l’histoire de notre sélection. (…) Le Nzalang continuera à vivre, mais pas tant que le président et ses sbires resteront au pouvoir. »
Malgré un retour en sélection lors la dernière CAN 2025, c'est sans doute cette sortie qui lui vaut aujourd’hui l'hommage minimaliste de sa fédération au moment de dire adieu au haut niveau. Une simple publication sur X et Instagram donc, quelques mots convenus, pas de vidéo, pas de réactions des officiels, pas d’au revoir digne de son statut.
Au bout de son conte, Emilio Nsue s’en va comme il a souvent joué : en première ligne, seul sur le front de l’attaque, portant sur ses épaules le poids d’un petit pays qui voulait exister par le foot.




