En Côte d'Ivoire, la boîte à histoires Akissa puise dans les contes et légendes africains
- jeunepatriotes49

- il y a 4 jours
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Dans de nombreuses familles un peu partout dans le monde, les enfants s’endorment devant un écran. En Côte d’Ivoire, une jeune entreprise fait le pari inverse : raconter des histoires sans téléphone, sans tablette, simplement avec des voix, des sons et surtout beaucoup d’imagination. Baptisée Akissa, cette boîte à histoires audio puise dans les contes et légendes africains pour transmettre un patrimoine culturel aux plus jeunes.

Avec notre correspondant à Abidjan, Abdoul Aziz Diallo
Chez les Kouman, les écrans sont éteints le soir. Assis côte à côte dans le salon, les enfants ont les yeux fixés sur une petite boîte posée devant eux : une simple pression sur un bouton et une voix les entraîne dans l’univers des contes africains.
À la maison, cette boîte à histoires est devenue un rituel du soir. Pour les parents, c’est une manière de réduire le temps passé devant les écrans tout en transmettant aux enfants des récits inspirés du patrimoine africain.
« Les parents de maintenant, on n’a pas toujours le temps de s’asseoir pour raconter des histoires aux enfants comme avant. Donc là, l’appareil remplace les parents et raconte. Mais après aussi on fait un suivi à côté puisqu’on leur demande : qu’est-ce que vous avez retenu ? Qu’est-ce que vous avez appris ? Et ça les amuse. Ils retiennent aussi les leçons de moralité à la fin », explique Marceline, leur mère.
« Très peu d'effets spéciaux » dans les enregistrements
L’idée d’Akissa est née d’une frustration. En cherchant une boîte à histoire à offrir à sa nièce, Honoré Essoh ne trouve que des contenus venus d’ailleurs. Il décide alors de créer le sien avec des histoires racontées comme le feraient des parents à l’heure du coucher.
« Ce sont des histoires écrites par des auteurs de différents pays d’Afrique. C’est une sorte de mini-bibliothèque, des textes qui sont en train d’être lus. Volontairement, on a voulu mettre très peu d’effets spéciaux pour que l’enfant soit dans l’atmosphère d’un papa ou d’une maman qui est en train de lui lire une histoire », explique-t-il.
Akissa embarque une quarantaine d’histoires. Comme dans la tradition orale africaine, chaque récit se termine par une leçon de vie. L’appareil propose aussi des comptines dans plusieurs langues du continent, notamment en malinké, en yacouba et en peul.
Le conte, un vecteur de transmission dans la famille
Avec Akissa, les contes africains quittent la bouche des anciens pour entrer dans une boîte à histoires. Le support change, mais pas la vocation. Pour le conteur ivoirien Koami Vignon, les outils numériques peuvent aujourd’hui prolonger cet héritage. Ce spécialiste des arts du récit rappelle aussi que le conte reste avant tout un outil de transmission.
« Le conte permet de comprendre le monde, d’expliquer le monde. Pourquoi le ciel est haut ? Pourquoi la hyène a l’arrière-train affaissé ? etc. C’est à travers le conte que l’enfant va savoir comment s’appelle tel animal, comment s’appelle sa femelle. Dans le conte, on a inséré toutes ces choses-là qui participent à instruire l’enfant, à instruire l’adulte, à comprendre le monde. Le conte, c’est aussi un formidable outil de démocratisation et de prise de parole qui permet de dénoncer les choses. À travers le conte, on peut par exemple dire les dérives du pouvoir, dire ce qui ne fonctionne pas bien dans la société. Ensuite, le conte permet de raconter nos ancêtres et de leur rendre hommage. Donc, le conteur devient comme le gardien d’une mémoire collective. Il faudrait que des acteurs qui utilisent le numérique puissent donner une autre vie, une autre accessibilité au conte, et permettre au conte de rentrer dans les familles. »




