La ngômfi, harpe cérémonielle du Congo-Brazzaville
- jeunepatriotes49

- 14 août
- 3 min de lecture
Les frères Makouaya, musiciens et luthiers originaires du Congo-Brazzaville, nous ouvrent les portes de leur atelier. Ils présentent la ngômfi, une harpe à cinq cordes à la forme surprenante et au timbre saturé, au cœur des cérémonies et des musiques actuelles.

Une caisse, un manche, des cordes accrochées à une tête, l’instrument que Christian Makouaya tient dans ses mains a la forme d’un luth mais il fonctionne comme une harpe. « Les cordes de la ngômfi sont jouées à vide, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un appui de la corde sur une surface pour faire des variations de son », explique-t-il.
Et ce bruit qui ressemble à de la saturation est voulu. Christian et son frère Amour nous expliquent pourquoi : « Lorsqu’on pince la corde de la ngômfi, elle fait vibrer des petits anneaux qui sont attachés sur les rebords de la tôle qui est fixée autour de la tête de l’instrument. Ça envoie le son vraiment très loin, le fait que ça soit saturé. »
Un instrument à cordes chargé d’histoire
Ngômfi signifie « instrument à cordes ». C'est un terme générique qui peut même servir à désigner une guitare au Congo-Brazzaville. Les frères Makouaya, eux, ont grandi à Brazzaville mais ils ont découvert cet instrument ailleurs. « On a des cousins qui ont grandi dans la région qui est tout à côté, dans la Bouenza, affime Christian. Ils maîtrisaient la musique de cette région. » « Leur grand-père, c’était un joueur de ngômfi, ajoute Amour. Étant devenus eux-mêmes de bons joueurs de ngômfi, on a appris auprès d’eux. L’accès est aussi simple au tout début, parce qu’il n’y a que 5 cordes, donc on apprend avec à faire les rythmiques. »
On retrouve les traces de la ngômfi dans les gravures des Portugais venus explorer le royaume du Kongo à la fin du XVe siècle. Cet instrument, aujourd’hui boudé par les maisons de production, tend à être remplacé par les instruments occidentaux. Mais depuis la fin des années 1970, des personnes essayent de le préserver, en se prêtant parfois au jeu de la fusion.
La ngômfi dans les musiques actuelles
« Loussilala De La Poussière a été parmi les précurseurs dans la musique actuelle, explique Amour. Il a laissé pas mal de morceaux. Lui, c’était un griot seul avec sa ngômfi. Après la vague de Loussilala, c’est maintenant la vague de la jeune génération qui fait du Mountouta. » « C’est beaucoup mélangé, complète Christian. C’est-à-dire qu’il y a la ngômfi qui joue avec, par exemple, une basse électrique, une batterie. »

Et l’instrument a bien évolué depuis le XVe siècle, surtout pour ses cordes, où on n’hésite pas à faire de la récupération : « Les câbles de freins de vélo, on les récupère parce que ça a un son particulier, explique Amour. C’est plus proche des fibres noires de palmier à raphia. Normalement, c’est ça qu’on utilise, mais c’est difficile à entretenir. » « La ngômfi, c’est un instrument monoxyle, ajoute Christian. C’est-à-dire qu’il est sculpté dans un seul bloc de bois creusé par le haut, rebouché par une table d’harmonie. »
Une harpe pour les veillées mortuaires
Le son de la harpe comme dernier hommage, car la ngômfi pouvait aussi servir lors des veillées mortuaires : « On animait les veillées avec ce type d’instrument, raconte Amour. Des fois, le joueur, qui est aussi chanteur, est seul. On l’écoute parce qu’il va raconter des épopées, l’histoire même du mort ou l’histoire de la famille. Il y avait aussi une tradition des pleureuses. Les pleureuses, elles se faisaient aussi accompagner des joueurs de harpe. Elles vont improviser tout en pleurant. Ce sont des chants de pleurs pour raconter l’histoire de la personne décédée. Donc ceux qui viennent peuvent découvrir de quoi même est mort la personne. »
La ngômfi, une harpe cérémonielle remise au goût du jour. Sa coiffe en métal l’a rendue puissante, jusqu’à saturer son timbre qui n’en a pas fini de nous étonner.
Titre joué dans cette chronique :
Albert N'Kibi (Loussialala la Poussière) – « Kidilu »




