Les actrices des luttes anticoloniales: au Maroc, les anonymes oubliées
- jeunepatriotes49

- 12 août
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Nous poursuivons notre série d’été sur les actrices méconnues de la décolonisation. Au Maroc, le roman national met en valeur l’action des hommes : seule une poignée de femmes est mentionnée comme ayant participé à la lutte pour l’indépendance. Tout cela donne l’impression que les Marocaines auraient joué un rôle mineur. La réalité est bien différente et l’étude de leur contribution à la libération du royaume par les historiens n’en est qu’à ses balbutiements. Matthias Raynal a enquêté sur ces figures oubliées.

De notre correspondant de Rabat,
Voici ce qu’écrit la sociologue marocaine Fadma Aït Mous dans un article paru en 2021 : « La place des femmes dans l’Histoire marocaine, notamment durant le protectorat, reste très peu visible. Les quelques écrits qui y sont consacrés ont conclu à l’absence de reconnaissance du rôle des femmes dans la lutte anti-coloniale ».
Mustapha Qadery, professeur d’histoire à l’université Mohammed V de Rabat, explique : « Si j'ose dire, les hommes s'accaparent le rôle et ce sont les hommes qui parlent d'eux-mêmes. Parce qu'on a énormément de mémoires de résistant ». Mustapha Qadery est l’un des spécialistes de la résistance marocaine au joug colonial.
La conquête en elle-même dure plusieurs décennies ; les soldats français font la guerre aux tribus qui se soulèvent contre leur domination. Des conflits auxquels participent les Marocaines. « Elles avaient le henné pour entacher les lâches qui s'échappaient du champ de bataille. Elles s'occupent de la logistique de repli de leurs hommes, quand ils sont en attaque. On en a des témoignages un peu partout. Depuis la fin du XIXᵉ siècle jusqu'en 1934, c'est vraiment très costaud au niveau de la participation. Sans elles, je ne crois pas qu'il y aurait eu cette résistance acharnée », poursuit-il.
Des poétesses marocaines ont aussi contribué à conserver le souvenir de ces guerres, raconte le chercheur : « On a des traces de femmes qui ont laissé curieusement leur nom par des couplets, qui évoquent les malheurs de cette guerre. On a quelques femmes qui émergent, en tout cas sur le plan local, mais on ne les voit pas dans le récit national ».
Dans les années 1940-50, la lutte pour l’indépendance s’intensifie dans les villes : « On sait que dans le monde urbain, la lutte était dans le sens politique : la revendication par la presse, par des groupements, y compris la mise en place de partis politiques autorisés après la deuxième Guerre mondiale. C'est là qu'on voit l'apparition de la djellaba féminine pour les femmes urbaines qui n'avaient pas trop le droit – si j'ose dire – de sortir.
L'invention de la djellaba féminine est associée, un petit peu, à ce début de sortie des femmes dans l'espace public ».
Dans son article Les femmes dans le mouvement nationaliste marocain, l'historienne Assia Benadada écrit en 1999 : « Des femmes de toutes les catégories sociales et de toutes les régions se sont investies dans le mouvement nationaliste. (…) On peut constater que même le discours nationaliste a marginalisé leur rôle ».




