top of page

Matata Ponyo Mapon, opposant en RDC: «La coalition C64 défend le respect de la Constitution»

il y a 3 jours
4 min de lecture

En RDC, voilà 10 jours que l'ex-président Joseph Kabila a annoncé qu'il prenait la tête de la rébellion armée dans l'est du pays et l'opposition non armée n'a toujours pas réagi. Lundi prochain, les cinq dirigeants de la coalition C64 doivent se réunir à Rome, en Italie, pour adopter une position commune. Mais dès vendredi 23 octobre matin, l'un de ces leaders s'exprime : Matata Ponyo Mapon a été le Premier ministre de Joseph Kabila pendant près de 5 ans. Aujourd'hui, à la suite d'une condamnation à 10 ans de prison en RDC, il vit en exil et vient de publier Le prix de la loyauté, chez Télémaque. En ligne de Londres, il répond à Christophe Boisbouvier.


L’ancien Premier ministre congolais Matata Ponyo Mapon, président du parti, LGD, Leadership et Gouvernance pour le Développement. Sur la photo, à Kinshasa le 13 avril 2015.
L’ancien Premier ministre congolais Matata Ponyo Mapon, président du parti, LGD, Leadership et Gouvernance pour le Développement. Sur la photo, à Kinshasa le 13 avril 2015.

RFI : Matata Ponyo Mapon, bonjour, qu'est-ce que vous pensez de la décision de Joseph Kabila de prendre la tête de la rébellion armée dans l'est de votre pays ?


Bon, pour le moment, je ne saurais pas vous donner un avis personnel parce que, comme vous le savez, mon parti fait partie de la Coalition 64 et donc nous nous sommes entendus de donner un point de vue commun.


Mais voilà quand même plus de dix jours maintenant que Joseph Kabila a annoncé qu'il devenait chef rebelle. Et votre coalition C 64 ne s'est toujours pas exprimée. Pourquoi ce long silence ? Est-ce que vous êtes embarrassé par cette annonce de l'ancien président ?


Nous ne sommes nullement embarrassés. Sauf que je pense que, quand on est en groupe, il faut toujours respecter les règles de base et de cohésions. Et vous le savez très bien, nous allons nous réunir à partir du début de la semaine prochaine à Rome, en Italie, pour pouvoir nous rencontrer physiquement. Nous tous les cinq principaux leaders de la coalition C 64 pour examiner un ensemble de questions. Dans tous les cas, vous le savez très bien, la position de la C64 est celle de défendre le respect de la Constitution, et je pense que nous devons plutôt nous poser des questions sur la qualité de la gouvernance politique. Le déboire chaotique des dernières élections de 2023. La RDC est classée parmi les pays où l'état de droit est le moins avancé au monde. Moi-même, comme vous le savez, j'ai été victime d'une justice à triple vitesse et je pense que le problème de fond aujourd'hui, au lieu de se prononcer sur la décision de tel ou tel autre, est que nous devons plutôt nous prononcer sur les fondamentaux de la gouvernance du pays.


Au mois de mai de cette année, vous avez créé avec vos quatre partenaires politiques cette coalition, C 64, pour défendre l'ordre constitutionnel, comme vous dites, et les règles démocratiques. Est-ce que cette initiative de Joseph Kabila n'est pas contradictoire avec votre démarche du mois de mai dernier ?


Je pense qu'il faut faire une analyse globale sur le respect de la Constitution. Ça, comme vous l'avez souligné, c'est la colonne vertébrale, c'est la substance, c'est l'objet principal de la coalition C 64. Et ce mouvement est né du fait principalement de la volonté du gouvernement actuel et du président Tshisekedi de changer la Constitution. Il vaut mieux regarder la décision du président Joseph Kabila Kabange, l'ancien président de la République en RDC, par rapport à la Constitution. Mais je pense qu'il faut aussi regarder dans le fond qu'est ce qui est à l'origine aussi de cette décision. Vous le savez très bien, le président Joseph Kabila Kabange a été condamné à mort et ceci n'était pas conforme aux fondamentaux de la Constitution.


Et est ce qu'après la décision de Joseph Kabila de prendre la tête d'une lutte armée, vous pouvez encore demander qu'il participe au dialogue national que vous réclamez depuis plusieurs mois ?


Écoutez, moi, je vous dirai que la décision de la C 64, jusque-là, à moins qu'elle soit amendée, est celle d'un dialogue global, inclusif, qui intégrerait tout le monde, c'est le point de vue aussi du médiateur que nous avons choisi, l'Église catholique et l'Église protestante. Mais c'est aussi le point de vue de plusieurs présidents africains. Si vous avez suivi le point de vue du président Lurenço, président de l'Angola, je pense que, si on veut résoudre les problèmes de fond qui existent dans notre pays et qui sont à la base des problèmes militaires, des problèmes de paix et de sécurité, mais il faut que tout le monde soit autour de la table.


Matata Ponyo Mapon, vous avez donc créé ce parti Leadership et gouvernance pour le développement, LGD. Mais il vient d'être interdit de toute activité politique par le ministère congolais de l'Intérieur. Cette décision du 15 octobre, elle frappe aussi douze autres partis politiques, dont le PPRD de Joseph Kabila. Comment vous réagissez ?


Nous désapprouvons cette décision. Nous avons écrit formellement au ministre de la Justice et donc nous espérons que sa décision, qui est politique et qui n'est pas juridique, sera revue pour permettre de créer un climat propice à la détente politique. On ne peut pas chercher une chose et son contraire. Quand on veut un dialogue pour apaiser la situation, on ne peut pas au même moment prendre des décisions qui énervent la situation.


Et aujourd'hui, est ce que vous vous résignez à vivre en exil pendant des années ?


Mais tant que le gouvernement actuel n'aura pas créé un état de droit, écoutez, nous allons pour des raisons de sécurité… Parce que si j'étais resté au pays, certainement que je ne serais plus en vie aujourd'hui. Et je pense que je dois préserver ma vie pour permettre un jour d'apporter la contribution dont le pays a besoin pour sa prospérité et pour celle des millions et des millions de Congolais.



bottom of page