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Phénomène climatique El Niño en Afrique de l’Est: «Il pourrait y avoir 3 millions de personnes déplacées»

Selon une étude publiée le 24 août 2026 par le Conseil danois pour les réfugiés (DRC), El Niño, qui arrive progressivement dans la Corne de l’Afrique, va considérablement aggraver les inondations lors de la saison des pluies à venir. Selon les modélisations de l’ONG, qui s’est focalisée sur quatre pays est-africains (Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan du Sud), ce phénomène climatique devrait affecter jusqu’à 10 millions de personnes et contraindre plusieurs millions de citoyens à l’exil. Entretien avec Pauline Wesolek, conseillère en plaidoyer et communication pour l’Afrique de l’Est et les Grands Lacs en RDC.


Des habitants ayant trouvé refuge dans une école primaire après avoir fui les inondations qui ont touché le village d'Ombaka, à Kisumu, au Kenya, le 17 avril 2024. AP - Brian Ongoro
Des habitants ayant trouvé refuge dans une école primaire après avoir fui les inondations qui ont touché le village d'Ombaka, à Kisumu, au Kenya, le 17 avril 2024. AP - Brian Ongoro

RFI : Que disent les prévisions du Conseil danois pour les réfugiés ? Que va-t-il se passer en Afrique de l’Est durant cette année de super-El Niño ?


Pauline Wesolek : La principale chose à retenir de ces prévisions, c'est que c'est un signal d'alarme. Dans le scénario le plus sérieux, il pourrait y avoir 3 millions de personnes déplacées en Somalie, au Kenya, au Soudan du Sud ou en Ouganda. Pour donner un ordre d'idée, c'est à peu près l'équivalent des populations combinées de Paris et Marseille. Donc, c'est une population assez importante.


Et non seulement les chiffres donnent un peu le vertige, mais ce qui est le plus inquiétant, c'est que les populations qui sont les plus susceptibles d'être affectées par El Niño dans la région sont aussi des personnes qui sont les plus vulnérables. Donc, je parle ici de réfugiés et de personnes qui ont déjà été déplacées à l'intérieur de leur propre pays, soit par des conflits, soit par d'autres chocs climatiques qui ont précédé El Niño. Et ces personnes résident malheureusement souvent dans les zones qui sont le plus à risque pour les inondations et le plus à risque pour la sécheresse.


Et en plus de ça, elles n'ont pas forcément les moyens de se relocaliser et de se mettre en sécurité en amont. Parce qu’étant déplacées, elles ont souvent perdu leurs sources de revenus. Et étant également un peu isolées, elles n'ont pas forcément accès à l'information concernant des inondations qui arrivent. Donc, c'est pour cela qu'il est vraiment indispensable pour nous d'agir le plus vite possible avant qu'un choc climatique ne devienne une urgence humanitaire.


Il est aussi important de souligner que l'impact d’El Niño ne sera pas le même partout dans la région. Pour le moment, les effets d’El Niño se font déjà sentir, surtout sous forme de sécheresses. Et ce qu’on attend à partir d'octobre jusqu'à la fin de l'année – et peut-être même jusqu’en 2027 pour le cas de la Somalie – ce sont des inondations très importantes. Dans l’Est de l’Afrique, les inondations sont très impressionnantes et leur impact sur les personnes affectées est vraiment, vraiment très fort.


Est-ce qu'il existe des systèmes d'alerte précoce pour protéger ces populations ?


On a effectivement des systèmes d'alerte précoces. En 2023, une compagnie de téléphonie en Somalie avait mis en place un système de messages envoyés sur les portables. Mais il y a aussi la présence d'acteurs humanitaires et de relais communautaires qui font de la prévention.


Nous [le Danish Refugee Council, NDLR] avons déjà commencé dans les camps. Le mois dernier, j’étais en Somalie, à Beledweyne, qui est l’une des villes qui a été le plus affectée par le précédent épisode d’El Niño en 2023, quand elle est restée plusieurs semaines sous l'eau. La campagne de sensibilisation a commencé dans les camps de déplacés par des messages à la radio. Certains membres de l'équipe se promènent aussi avec des haut-parleurs dans les camps. On informe aussi des gens lors de réunions communautaires. On leur dit ce qui va se passer et comment réagir.


Mais il y a une différence entre dire aux gens ce qu'il faut faire et avoir les moyens de le faire. On va donc fournir une assistance financière aux personnes vulnérables avant les inondations, qui leur permettra de se mettre en sécurité là où elles le souhaitent. En 2023, 90% des personnes qui avaient déjà reçu cette aide financière avant les inondations, ont pu se mettre en sécurité, ont une plus grande sécurité d’emploi aussi, dont des sources de revenus et une meilleure sécurité nutritionnelle.


Cette action en amont est d’autant plus importante que dans les zones comme Beledweyne en Somalie 75% des personnes déjà déplacées avant même l’arrivée d’El Niño vivent actuellement dans des abris de fortune constitués de bâtons, de bâche, de plastique, de boue et de tôle, qui évidemment n’ont pas du tout la capacité de les protéger des intempéries et qui ne résisteront pas.

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