RDC: entre 2000 et 5000 tonnes d'uranium exportées avec le cobalt vers la Chine en 20 ans, selon une enquête
- jeunepatriotes49

- 4 août
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Des chercheurs américains se sont associés à des journalistes pour révéler des données autour de l’extraction de cobalt en République démocratique du Congo. Des milliers de tonnes d’uranium quittent chaque année le pays, sans être ni tracées ni contrôlées…

Tout est parti d'un document que Lighthouse Reports s'est procuré en 2024 : un mémo interne de l'Agence internationale de l'énergie atomique, daté de 2009 et jamais rendu public jusqu'ici. Ce texte faisait état d'informations jugées crédibles selon lesquelles l'uranium était présent en « quantités significatives » dans la plupart des minerais de cobalt du Katanga, et « effectivement exporté comme sous-produit du cobalt ». C'est ce document qui a déclenché l'enquête, menée en partenariat avec le Financial Times et Le Monde.
Depuis 2009, l'extraction de cobalt en RDC a considérablement augmenté, et le minerai part très majoritairement vers la Chine. En 2023, la Chine assurait déjà le raffinage de 80% de l'offre mondiale de cobalt, l'essentiel du minerai provenant de mines opérées par des entreprises chinoises en RDC. Selon des estimations récentes citées par l'enquête, 95% du cobalt congolais part aujourd'hui vers la Chine.
Le contexte : un minerai stratégique, un sous-produit non déclaré
La région du Katanga, dans le sud-est de la RDC, est connue depuis des décennies comme le « copper belt » (la « ceinture cuprifère »). Ses mines se sont réorientées ces dernières années vers l'extraction du cobalt, devenu un métal critique pour les batteries lithium-ion des véhicules électriques, les puces utilisée spour l'essor des technologies d'intelligence artificielle et certains alliages aérospatiaux. Ces gisements contiennent aussi, historiquement, un troisième minerai : l'uranium. Une grande partie de l'uranium utilisé pour le projet Manhattan provenait déjà de la mine de Shinkolobwe, dans cette même région. Les exportations d'uranium depuis la RDC sont pourtant censées être interdites.
« Il y a toujours des sous-produits dans les exportations minières congolaises, en particulier de cobalt, et ces sous-produits font l'objet d'un contrôle efficace de la part des autorités congolaises. Tous sauf un : l'uranium », nous explique Tomas Statius, journaliste à Lighthouse Reports.
Entre 2 000 et 5 000 tonnes en 20 ans
Pour chiffrer le phénomène, Lighthouse Reports s'est associé dès septembre 2024 à Sébastien Philippe, alors chercheur senior au programme Science and Global Security de l'université de Princeton, et aujourd'hui professeur assistant en ingénierie nucléaire à l'université du Wisconsin-Madison. Il a été rejoint par Ryan Manzuk, géologue et chercheur postdoctoral à Princeton, chargé d'estimer une fourchette d'uranium exporté par chaque mine entre 2000 et 2024, à partir d'analyses antérieures des concentrations d'uranium dans les minerais du Katanga, extrapolées par modélisation géochimique. Ce travail a nécessité un déplacement en Europe en janvier 2025, notamment à l'AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, qui conserve une importante collection d'échantillons géologiques prélevés au Katanga.
L'article scientifique de Manzuk et Philippe, évalué par les pairs et publié le 30 juillet 2026 dans la revue Nature Communications, conclut qu'entre 2 000 et 5 000 tonnes d'uranium ont été exportées de RDC vers la Chine dans des cargaisons d'hydroxyde de cobalt entre 2000 et 2024. Même en bas de fourchette, ce volume suffit à alimenter un réacteur nucléaire d'un gigawatt pendant une décennie ou plus. L'enquête ne permet pas de dire si cet uranium a ensuite été utilisé en Chine, ni de quelle manière.
Pour affiner ce modèle, les journalistes du Financial Times ont fourni des données de production par mine et dépouillé des bases commerciales à la recherche d'achats d'acide phosphorique, le réactif nécessaire pour retirer l'uranium du cobalt avant l'export. Ces données se sont recoupées avec des témoignages de professionnels du secteur et des documents internes obtenus par ailleurs, permettant d'affiner encore l'estimation. Les données commerciales sur les produits chimiques montraient toutefois que le retrait de l'uranium en RDC ne se pratiquait pas à l'échelle qui aurait été nécessaire pour traiter l'ensemble du minerai concerné.
Les journalistes ont aussi tenté d'exploiter des images satellites hyperspectrales du fournisseur Planet Labs pour détecter la présence d'uranium dans les bassins et terrils de résidus miniers. Cette piste, explorée à partir de janvier 2025, n'a pas abouti : les méthodes de correction atmosphérique nécessaires pour ce type d'analyse de surface n'étaient pas encore opérationnelles chez ce fournisseur et les spectres de référence pour les minéraux uranifères recherchés manquaient. Cet aspect de l'enquête reste donc exploratoire et n'a pas fourni de preuve supplémentaire.




