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Réforme constitutionnelle en Guinée-Bissau: «L'essentiel du pouvoir va se retrouver aux mains de l'exécutif»

En Guinée-Bissau, les électeurs sont appelés aux urnes ce 30 août pour se prononcer sur une nouvelle Constitution. Le scrutin est organisé par les autorités de transition. Le pays est dirigé par des officiers militaires depuis le coup d'État de novembre 2025. Cette réforme constitutionnelle pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs dans le pays, alors que la Guinée-Bissau est marquée depuis des années par les crises politiques et institutionnelles. Pour Ibrahima Niang, analyste politique et enseignant-chercheur basé à Dakar, ce référendum n'est pas assez préparé.


Une vue de la capitale Bissau, le 1ᵉʳ décembre 2025. © Bubacar Camara / AP
Une vue de la capitale Bissau, le 1ᵉʳ décembre 2025. © Bubacar Camara / AP

RFI : La Guinée-Bissau est à un tournant constitutionnel. Ce 30 août 2026, les citoyens sont appelés à se prononcer sur une nouvelle constitution lors d'un référendum. Déjà, pour comprendre le contexte, pourquoi ce référendum arrive-t-il maintenant ?


Ibrahima Niang : C'est une question que tout le monde se pose. On s'interroge par rapport à cette urgence qui tenaille les dirigeants militaires à vouloir coûte que coûte organiser un référendum sur une question aussi importante que le changement de la nature du régime politique et juridique des institutions à Bissau. On a noté dès leur prise du pouvoir, que la junte s'était inscrite dans une dynamique transitoire consistant à organiser des élections présidentielles et législatives, mais aussi de préparer la transition en impliquant tous les acteurs politiques et aussi les membres de la société civile. À cette époque-là, il n'était nullement mentionné l'organisation d'un référendum. C'est à partir de janvier 2026 que le Comité national de transition a publié un projet de loi portant modification de la Constitution. C'est pourquoi il est tout à fait légitime de s'interroger sur l'urgence d'un référendum aujourd'hui et maintenant, et pourquoi on ne laisse pas les acteurs discuter ensemble, délibérer ensemble, et essayer de soumettre un projet de loi qui prend en compte toutes les aspirations des populations de Bissau.


Selon vous, le processus est trop rapide, pas assez démocratique ?


On s'est rendu compte que la date a été rapprochée pour être organisée au mois d'août. Et, au regard de ce qui est en train de se passer sur le terrain, on note qu'il y a une impréparation dans l'organisation du processus, et les documents en question ne sont pas traduits dans les différentes langues pour permettre aux populations de lire les points importants qui vont être opérés, au regard aussi du déploiement du matériel qui doit en fait servir à l'organisation de ce référendum-là. Il y a donc une grande part d'impréparation qui est notée sur le terrain et qui pourrait, à mon avis, un peu, jouer sur la légitimité même de cette élection-là.


Est-ce qu'on peut dire quand même que ce référendum va vraiment permettre de légitimer un changement de constitution ?


Un référendum, c'est un acte qui consiste à appeler les électeurs à se prononcer sur un texte. Mais il faut que les électeurs aussi soient censés comprendre un peu, discuter dans un cadre de dialogue qui est inclusif, mais aussi apporter des amendements si c'est nécessaire. Et je pense qu'au regard de ce qu'on a noté, il y a une absence de dialogue. Il y a une non implication des différentes organisations des sociétés civiles. Par conséquent, la légitimité de ce référendum pose problème. Mais cette légitimité aussi, on va pouvoir en fait la mesurer à l'aune du taux de participation et des tendances qui se dégageront au moment du dépouillement des résultats.


Si on regarde son contenu, qu'est-ce que cette réforme change concrètement dans les institutions ? Quel nouvel équilibre des pouvoirs instaure-t-elle ?


Si on regarde bien la nature juridique et politique du régime à Bissau, c'est un régime en quelque sorte semi-présidentiel avec une Assemblée nationale qui a véritablement des pouvoirs dans la gestion du pays. Avec cette nouvelle Constitution là, on va verser vers un hyper présidentialisme qui va donc instaurer un déséquilibre des différents pouvoirs. L'essentiel des pouvoirs va se retrouver aux mains de l'exécutif. Ce qui veut donc dire que l'Assemblée nationale à Bissau, qui a toujours joué son rôle de contrepoids dans la démocratie, va voir l'essentiel de ses pouvoirs s'amenuiser. On va aller vers la réduction du nombre des parlementaires de 102 député aujourd'hui, à 61-62 députés. Cette réorganisation-là va impacter beaucoup plus les petits partis politiques, parce que ça permettait en fait d'avoir une carte électorale où l'essentiel des partis politiques pouvait se retrouver au niveau de l'Assemblée nationale. Avec le référendum, ces « petits » partis politiques vont disparaître.


La Guinée-Bissau a connu beaucoup d'instabilité institutionnelle, de crises politiques. Est-ce que cette réforme va quand même, malgré les failles que vous pointez, stabiliser les institutions ?


L'objectif en fait, pour les dirigeants de la junte, c'est-à-dire les militaires qui sont au pouvoir, c'est de faire sorte qu'il n'y ait plus d'instabilité politique et constitutionnelle à Bissau à partir du moment où ce référendum serait voté. Le problème se situe à ce niveau-là. Il y a beaucoup de vulnérabilité au sein du pays et je pense que ce sont ces vulnérabilités-là qui continuent, à mon avis, à être pointées, indexées, analysées. Il aurait fallu élargir le débat, prendre le temps nécessaire, discuter avec les différentes parties et voir un peu comment asseoir une constitution qui ne ferait pas l'objet de rejet ou de critiques des différentes parties du pays, et permettre de construire un pays qui va connaître une certaine stabilité politique et sociale.

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