top of page

Tchad: «La question du partage du pouvoir ou d'union nationale n'est pas du tout à l'ordre du jour»

Au Tchad, le pouvoir veut tourner la page des tensions politiques. Succès Masra, l’ancien Premier ministre et principal opposant au président Mahamat Idriss Déby, vient d’être gracié après plusieurs mois de prison. À peine libéré, il propose un gouvernement d’union nationale, mais cette proposition « n’est pas du tout à l’ordre du jour » pour les autorités, répond le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Gassim Cherif Mahamat.


Image de couverture : Gassim Cherif Mahamat, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, dans les studios de RFI. © RFI
Image de couverture : Gassim Cherif Mahamat, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, dans les studios de RFI. © RFI

RFI : Il y a quelques jours encore, Succès Masra, ex-Premier ministre et chef du principal parti d'opposition, a été gracié avec huit autres opposants. Il a proposé sur France 24 ce week-end la mise en place d'un gouvernement d'union nationale. Vous vous êtes dit ouvert. Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que vous êtes prêt à recevoir succès Masra pour en discuter ?


Gassim Cherif Mahamat : Tout d'abord, nous nous réjouissons de la nouvelle de la grâce de Succès Masra et d'autres leaders du GCAP. C'est un regroupement d'acteurs politiques qui ont tous été graciés par le chef de l'État lors de la fête de l'indépendance. Donc, ce geste entre en résonance avec sa volonté de décrisper la situation politique dans notre pays, d'ouvrir la géopolitique et de donner la chance à la réconciliation et à la paix dans notre pays


Maintenant, en ce qui concerne Succès Masra, le chef de l'État a fait un message dimanche 16 août en disant qu’il renouvelle sa confiance au gouvernement actuel et au Premier ministre, l'ambassadeur Allamaye Halina. Donc, la question du partage du pouvoir ou du gouvernement d'union nationale n'est pas du tout à l'ordre du jour. Succès Masra est un citoyen tchadien, il peut jouir de ses droits comme tout le monde. Mais pour le moment, dans l'agenda du président de la République, il n'est pas question d'un gouvernement d'union nationale ou d'un partage du pouvoir, parce qu'il a été élu par le peuple tchadien sur la base d'un programme. Et on doit conduire ce programme sur les cinq années à venir.




Cela veut-il dire que le gouvernement, aujourd'hui, ne considère pas Succès Masra comme un interlocuteur politique ?


Il le considère comme un interlocuteur politique, comme tout autre. Mais ce n'est pas à Succès Masra d'imposer son agenda, d'imposer le tempo, et je ne vois pas en quoi, ni au nom de quelle exigence ou légitimité politique il peut imposer un gouvernement d'union nationale.


Je pense que c'est quelque chose qui n'est pas réaliste dans les faits parce que parfois on peut dire des choses mais qui ne répondent pas aux faits. Et dans les faits, Succès Masra n'est pas le chef de file de l'opposition, il n'est pas opposant. Je suis désolé de vous corriger, il a été le dernier Premier ministre avant d'aller en prison. Maintenant, il y a un chef de file de l'opposition qui est l'ex-Premier ministre, Pahimi Padacké Albert, qui se retrouve dans ce qu'on appelle le cadre de dialogue politique et dans lequel vous avez des partis de l'opposition et des partis de la majorité.


Donc, je ne sais pas sur quelle base il prétend être opposant, en quoi il a le monopole de l'opposition, puisque l'opposition est représentée à l'Assemblée nationale et au Sénat à travers des députés et des sénateurs. Il y a aussi des conseillers provinciaux et des conseillers municipaux. Donc, je ne vois pas en quoi Succès Masra aurait la légitimité et puis le monopole de l'opposition.


La grâce a été présentée, effectivement, vous l'avez dit, comme un geste de réconciliation nationale. Est-ce que cette réconciliation doit maintenant se traduire par d'autres gestes politiques ? Quelle va être la prochaine étape politique de cette réconciliation après ces grâces ?


Écoutez, il y a quelques voix qui s'élèvent pour demander une amnistie, parce que la grâce n'absout pas tout et n'efface pas la condamnation. C'est ça la différence avec l'amnistie. Donc, il y a quelques opposants qui demandent l'amnistie. Et ça, c'est le chef de l'État qui va examiner cette situation. Il prendra la décision en temps voulu.


Qu'est-ce que vous attendez finalement de ces opposants que vous avez graciés ? Est-ce que vous attendez d'eux qu’ils participent justement à cette réconciliation nationale ?


Bien sûr, je veux qu'ils y participent, qu'ils exercent leur travail. En tout cas, qu'ils prennent leur place d'opposants. Nous sommes un régime, un gouvernement ouvert à la critique, à l'opposition. Tant que c'est une opposition constructive avec des idées qui peuvent nous aider à avancer. Mais, souvent on se jette dans les invectives, dans les discours un peu radicaux, avec des accents un peu régionalistes, un peu confessionnels, etc. Je pense que cette posture doit changer. Nous sommes une jeune démocratie qui se consolide et on doit faire attention à certains discours de haine et de division.


Parmi les autres grandes actualités qui concernent le Tchad, récemment. Le Tchad a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale fin juillet. Qu'est ce qui a changé en 2026 pour que le Tchad décide finalement de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI) ?


C'est un examen que le gouvernement tchadien a fait sur des années. Nous nous sommes questionnés sur l'utilité d'abord de la CPI vis-à-vis de notre pays et vis-à-vis de l'Afrique de manière générale. Nous estimons que la CPI est injuste envers les Africains. Il n'y a aucun autre chef d'État qui a été condamné, si ce n'est un chef d'État africain. On est dans une logique souverainiste. Ça, nous l'assumons entièrement. Il n'y a pas que le Tchad, mais aussi d'autres pays du Sahel. En Afrique, c'est un mouvement global de fond qui s'exprime. Ce regain de souverainisme et cette lutte contre le néocolonialisme, c'est quelque chose qui irrigue notre société, qui irrigue nos gouvernements. C'est cela qui nous a conduits à quitter la CPI.


Sur quels mécanismes existants peuvent s'appuyer aujourd'hui les victimes qui auraient voulu saisir la CPI ?


Nous avons une justice qui est indépendante et nous entendons encore renforcer son indépendance. Par exemple, aujourd'hui au Tchad, le président de la République ne nomme plus le président de la magistrature suprême. La justice est indépendante, les institutions fonctionnent. Et puis, il y a un mécanisme au niveau de l'Union africaine qui est là, la Cour de justice de l'Union africaine. Je pense, à mon avis, qu'il faut renforcer cette cour pour régler nos problèmes africains, nos problèmes au niveau de notre continent.


À lire aussi


 
 
bottom of page