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À la frontière entre le Cameroun et la RCA, un éboulement dans une mine d’or fait plus d'une centaine de morts

Un éboulement s’est produit dans l’après-midi de mardi 18 août sur un site d’exploitation aurifère situé à Zamboï, près de Garoua-Boulaï, à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Selon les autorités locales, 107 victimes ont déjà été extraites de la boue. Les recherches se poursuivent et le bilan pourrait s’alourdir.


Les mines d'or produisent souvent des catastrophes. Ici, des mineurs d'or travaillent sur un site minier à Bétaré-Oya, au Cameroun, le 4 avril 2018. (Image d'illustration) © REINNIER KAZE / AFP
Les mines d'or produisent souvent des catastrophes. Ici, des mineurs d'or travaillent sur un site minier à Bétaré-Oya, au Cameroun, le 4 avril 2018. (Image d'illustration) © REINNIER KAZE / AFP

L'incident s'est produit aux alentours de 14 heures, alors que plusieurs centaines d'orpailleurs se trouvaient sur le site, rapporte notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena. Des images filmées par des témoins montrent une masse de terre se disloquer au sommet d'un cratère béant et ensevelir des dizaines d'orpailleurs, pour la grande majorité des clandestins qui creusaient en contrebas.


Selon les premières informations, cet éboulement a été provoqué par un effondrement de plusieurs galeries souterraines dans lesquelles des mineurs opéraient, précise le parquet de Baboua dans un communiqué. Une enquête judiciaire a immédiatement été ouverte et confiée au commissariat spécial de Béloko, afin notamment « de déterminer le bilan des dégâts , identifier les victimes ou leurs ayant-droits, mais encore déterminer les causes exactes de l'effondrement ». Le ministre des Mines de Centrafrique s’est rendu sur place pour suivre les opérations et devrait prochainement s’exprimer sur cette tragédie qui suscite une vive émotion dans le pays.


Depuis, les recherches se poursuivent pour retrouver les survivants. Gouessa Gatien est le coordonnateur de l'organisation de l'association : Assprosocial à Garoua-Boulaï. « Tout le monde est dans l'inquiétude. Certaines familles n'ont pas pu retrouver leurs frères, leurs sœurs, voire même leurs enfants parce qu'il y avait des enfants dans la mine au moment de l'éboulement. »


Tous les habitants sont mobilisés et les opérations de sauvetage se poursuivent. Mon frère travaillait depuis déjà un mois sur ce chantier. C’était un élève. Il avait profité de ces vacances scolaires pour aller travailler dans cette mine, dans l’espoir de gagner un peu d’argent pour préparer sa rentrée scolaire. À chaque fois qu’il nous appelait, il nous disait que c’était un site très dangereux. Quand nous avons appris qu’il y avait eu cet éboulement, nous avons eu très peur. Finalement, en nous rendant sur le site, nous avons retrouvé son corps parmi les victimes. Il n’avait que 20 ans.


Le bilan provisoire fait état d'au moins 107 morts, selon les premières estimations du maire de Garoua-Boulaï. Joint par téléphone, l'édile a confié à RFI que ce chiffre pourrait évoluer, car les opérations de recherche sont toujours en cours.


Au Cameroun, le gouverneur de la région de l'Est confirme qu'au moins quatre ressortissants ont perdu la vie dans l'accident.


Même si la mine est en territoire centrafricain, tout le monde est mobilisé, comme le raconte Claude Mpouma, membre de la société civile à Garoua-Boulaï : « Il y a failli avoir polémique parce que certains ont dit que c'est de l'autre côté, ça ne nous concerne pas, mais non, ça concerne tout le monde. Ce côté africain, on ne l'a pas encore perdu, tout le monde se mobilise pour sortir les corps, et sauver certaines vies. »


L'un des sites les plus dangereux de la zone

Le site de Zamboï est connu pour être l'un des plus dangereux dans cette zone frontalière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Des syndicats actifs dans le secteur dénoncent des conditions de sécurité qui ne sont pas respectées. Les accidents sur les chantiers sont récurrents dans l'est du Cameroun. Selon le gouvernement camerounais, plus de 200 sociétés exercent des activités minières sans titre ou autorisation régulière dans le pays.


L'exploitation semi-industrielle menée par des sociétés chinoises ainsi que des orpailleurs camerounais et centrafricains fragilise les sols. Les éboulements dans les mines d'or sont fréquents en période de saison des pluies. Mi-juin, un éboulement similaire avait fait plusieurs dizaines de morts dans la mine d'or centrafricaine de Bé-Mbari, à la frontière entre les deux pays.


L'opposition centrafricaine s'est rapidement exprimée. Martin Ziguele, président du Mouvement pour la libération du peuple centrafricain (MLPC) a jugé que « la responsabilité du gouvernement est directement engagée dans la survenue de ces drames ».  Côté camerounais, c'est l'exploitation illégale des minerais qui est pointé notamment par l'opposant Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) : « Ce drame dévoile l'inhumanité de ceux qui s'enrichissent. Ils ne se préoccupent nullement des conditions dans lesquelles des compatriotes poussés par la misère opèrent ».


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