À la Une: condamnés pour avoir critiqué le régime malien
- jeunepatriotes49

- 18 août
- 3 min de lecture

Après plus de trois ans passés en détention, le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et l’influenceuse Rokia Doumbia, « Rose Vie Chère », ou encore Tata Rose Poivron ont été condamnés lundi 17 août à dix ans de réclusion chacun, dont trois avec sursis, ainsi qu’à 240 000 francs CFA d’amende, par la chambre criminelle de la cour d’appel de Bamako.
De longues années de prison donc. Pourquoi ? « Selon l’accusation, rappelle Maliweb, Ras Bath et Rokia Doumbia auraient conjugué leurs efforts pour jeter le discrédit sur les autorités de la Transition à travers des propos tenus lors d’émissions radiophoniques, de rencontres publiques et sur les réseaux sociaux. Rokia Doumbia était notamment accusée d’avoir imputé aux autorités de la transition la responsabilité de la hausse des prix des produits de première nécessité. De son côté, Ras Bath aurait accusé les autorités d’être responsables de la mort (en prison) de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, affirmant que celui-ci n’était pas décédé de manière naturelle. Pour le parquet, la diffusion et l’amplification de ces déclarations sur les réseaux sociaux ont contribué à alimenter les tensions et à troubler l’ordre public. »
Muselés
« La répression des voix dissidentes continue au Mali, constate Jeune Afrique. Devant les juges, Ras Bath, qui est apparu en public pour la première fois depuis plusieurs mois, semblait amaigri et fatigué. Il n’en a pas moins vivement nié les accusations portées à son encontre. Rose Vie Chère a également tenté d’obtenir la clémence des juges, expliquant que son but était “d’avertir les autorités” sur les effets de l’inflation des produits de première nécessité. »
Rien n’y a fait. « Lors de son réquisitoire, pointe Jeune Afrique, le ministère public s’est employé à démontrer la complicité supposée entre Ras Bath et Rose Vie Chère, arguant notamment que le chroniqueur radio avait invité l’influenceuse à deux reprises dans son émission. Le procureur a également résumé la volonté des autorités maliennes vis-à-vis des deux activistes : il a affirmé que Ras Bath était un “danger pour la transition", et qu’il convenait de “le tenir loin des réseaux sociaux et de la radio". C’est désormais chose faite », soupire le site panafricain.
Paranoïa
Ledjely en Guinée hausse encore le ton. Le site guinéen dénonce des accusations « pour le moins risibles » et un « verdict inique ». En effet, poursuit-il, « comment expliquer qu’une émission de radio somme toute ordinaire puisse conduire à une sanction aussi sévère ? Faudrait-il comprendre qu’il est désormais interdit de débattre de la vie chère dans le Mali d’Assimi Goïta ? Mais surtout, comment voudrait-on nous faire croire qu’en invitant Rokia Doumbia sur son plateau, Mohamed Youssouf Bathily se serait rendu coupable d’association de malfaiteurs ? (…) Cette condamnation renvoie du régime malien l’image d’un pouvoir apeuré, gagné par une forme de paranoïa, affirme encore Ledjely. (…) C’est lorsqu’on se sait vulnérable qu’on en vient à traquer la moindre contestation, y compris les débats les plus anodins. Or, dès lors qu’un pouvoir se convainc que sa survie ne tient plus qu’à sa capacité à inspirer la peur et la crainte, c’est le signe qu’il se trouve déjà au bord du précipice ».
Au Burkina Faso, une « immersion patriotique » imposée aux journalistes
À la Une également, la presse encadrée de très près au Burkina Faso. Une quarantaine de journalistes issus de médias publics et privés ont récemment participé à une formation militaire organisée par les autorités à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. « Une immersion destinée à les familiariser avec les réalités des forces de défense et de sécurité engagées dans la lutte contre les groupes armés », relate Afrik.com qui s’interroge : « Immersion patriotique ou restriction de la liberté de la presse ? »
Pour Sahel Horizon, site d’opposition aux régimes militaires sahéliens, la réponse est claire : c’est la « fabrique du consentement et de la propagande. L’État ne cherche pas à aiguiser le regard critique ou la vérification des faits ; il tente de transformer la presse en instrument d’alignement idéologique, réduisant l’information à une communication d’état-major. (…) Voilà l’imposture, dénonce encore Sahel Horizon : on promet une révolution, on installe une dictature. On promet la souveraineté, on confisque la parole ».




