Cameroun: à Bamenda, le Premier ministre appelle à renforcer «le dialogue communautaire» pour la paix en zone anglophone
Au Cameroun, le Premier ministre Joseph Dion Ngute était ce jeudi 15 octobre à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest, avec plusieurs autres hautes personnalités et membres du gouvernement. Comme à Buea, dans le Sud-Ouest, le 28 septembre, Joseph Dion Ngute y a présidé une cérémonie destinée, selon les autorités, à lancer ce qui est présenté comme le « dialogue communautaire pour la paix ». Une initiative qui intervient après une rentrée scolaire à nouveau très perturbée dans certains territoires, alors que des groupes armés continuent d'imposer régulièrement des journées « villes mortes » et des taxes aux habitants. Les enlèvements de civils et les accrochages meurtriers avec les forces de l'ordre restent récurrents.

Désormais, « la dynamique s'opérera de la base vers le sommet », explique-t-on dans l'entourage du Premier ministre. Un axe routier où la circulation reprend sans entrave, un mois sans incident dans une localité : autant de marques de succès de ce dialogue communautaire.
Il s'agit donc d'encourager, au niveau des arrondissements, des communes et des villages, un dialogue entre les autorités administratives et tous les acteurs locaux pour apaiser les tensions propres à chaque territoire et rechercher des solutions concrètes.
L'objectif est également de rapprocher les instances de dialogue du terrain, pour qu'elles ne se limitent plus aux grandes villes et que de nouveaux acteurs puissent y participer. « Une instruction donnée par le président Paul Biya, que le Premier ministre vient relayer pour qu'elle ruisselle en cascade », explique son entourage.
Un dialogue communautaire aux effets limités ?
Le projet n'est pas présenté comme un nouveau format de dialogue, sept ans après le Grand Dialogue national d'octobre 2019 organisé à Yaoundé, mais comme une continuité, une consolidation d'initiatives existantes, alors que la violence est toujours une réalité dans les deux régions anglophones du Cameroun. Dans certaines zones, les élèves n'ont pas pu reprendre l'école normalement en septembre. Les groupes séparatistes continuent d'imposer des journées villes mortes ou des taxes aux habitants. Les kidnappings de civils et les accrochages meurtriers avec les forces de l'ordre restent récurrents.
Pour Fon Nsoh, acteur de la société civile de Bamenda, « l'idée d'un dialogue communautaire est nécessaire. Les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aspirent à la paix. Mais, selon le coordinateur de l'ONG Cominsud, dans le contexte de la crise anglophone, ce format ne permettra que de résoudre des problèmes ponctuels, sans s'attaquer aux enjeux fondamentaux. »
Selon lui, le chef du gouvernement doit parallèlement instaurer un cadre de dialogue avec les leaders séparatistes, pour la plupart en exil, afin de les amener à renoncer à certaines méthodes qui touchent les civils, d'obtenir des concessions et d'avancer vers une paix durable.
Reste à clarifier comment et selon quel calendrier les bénéfices de ce dialogue communautaire seront évalués et quels sujets pourront être ainsi réglés, avec quels moyens. Les principaux leaders des groupes armés séparatistes, eux, vivent pour la plupart en dehors du Cameroun.
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