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«Les Mobondo ne sont jamais partis»: dans l’ouest de la RDC, ce groupe qui sévit toujours malgré le discours officiel

Le groupe Mobondo sème la terreur depuis 2022 dans les provinces du Kwilu, du Kwango, du Mai-Ndombe et dans certaines zones périphériques de Kinshasa. À l'origine, un conflit foncier entre deux communautés, les Teke et Yaka, qui a dégénéré en violences armées. Le gouvernement congolais affirme avoir enregistré plusieurs centaines redditions de miliciens depuis janvier. Mais à 130 kilomètres de la capitale de RDC, un habitant raconte autre chose. Témoignage.


Un village dans la province du Kwilu, en RDC (image d'illustration) AFP -MAKAYA CLAUDE
Un village dans la province du Kwilu, en RDC (image d'illustration) AFP -MAKAYA CLAUDE

Par : RJP


Cyprien Banyanga connaît chaque arbre de sa plantation d'acacias. Il les a plantés, regardés pousser, transformés en ruches. Cent cinquante ruches, une exploitation apicole construite sur des années, à 130 kilomètres du centre de Kinshasa. Depuis presque cinq ans, il ne peut plus y travailler. Les Mobondo occupent sa ferme. Ils ont brûlé sa plantation trois fois. Ils ont détruit les 150 ruches. Ils ont pris son tracteur, acheté neuf. Ils ont mis le feu à sa maison et à celle de ses travailleurs.


Un matin, Banyanga, ancien employé de la délégation de l'Union européenne en RDC, a trouvé une pièce de triplex laissée sur sa propriété. Il y était écrit : « Tobotoli ferme. » « Nous avons confisqué votre ferme », en lingala. Il n'a pas obtempéré. Alors, ils l'ont pris en otage, de 23h jusqu'au lendemain matin. Supplicié. Forcé d'avaler une potion. Contraint de marcher deux heures dans la nuit sur cinq kilomètres de brousse.


Récemment, il est retourné sur place. Sa plantation d'acacias avait de nouveau brûlé. Les arbres abattus avaient été vendus en braise. « Les Mobondo ne sont jamais partis », dit-il. « Ils occupent encore nos fermes et les paysans Bateke [dont les teke font partie, NDLR] ne sont toujours pas rentrés dans leurs villages. »


Un phénomène né dans le Maï-Ndombe


mouvement Mobondo a émergé à partir de 2022 dans le territoire de Kwamouth, dans la province du Maï-Ndombe, à l'ouest de la RDC. À l'origine, un conflit foncier entre les communautés Teke et Yaka. La crise a fait plus de 5 000 morts et provoqué le déplacement de 280 000 personnes, selon des chiffres des humanitaires. Elle s'est rapidement étendue aux provinces du Kwilu, du Kwango, puis jusqu'à la commune rurale de Maluku, aux portes de Kinshasa.


Selon le gouvernement, le mouvement aurait été initié par un certain « Sadam », présenté comme son unique fondateur. En février 2026, ce dernier a publiquement reconnu avoir créé ce mouvement, dans le village d'Ipongi, à Popokabaka, dans le Kwango, et a invité ses hommes à déposer les armes.


« On ne met pas fin à un conflit, on le régule »


Le gouvernement congolais a présenté cette reddition comme une étape décisive. Le ministre délégué chargé des Anciens combattants, Éliézer Ntambwe, a annoncé que plus de 500 miliciens s'étaient rendus depuis janvier, orientés vers le « Service national » pour y apprendre un métier. En février 2026, 600 ex-combattants avaient été transférés par voie aérienne de Kinshasa vers Kaniama Kasese, dans la province du Haut-Lomami. Le ministre évalue la menace résiduelle à environ 10% de ce qu'elle était. « On ne met pas fin à un conflit, on le régule », a-t-il dit.


Sur la question de la responsabilité pénale, il a évoqué une « justice transitionnelle », fondée sur la vérité, la réconciliation et la non répétition. Aucun bilan chiffré global n'a été avancé : certaines zones sont restées inaccessibles pendant quatre ans.


« Le cri d'alarme du gouvernement provincial »


Mais le témoignage de Cyprien Banyanga n'est pas isolé. Dans le Kwango, des centaines de familles déplacées n'ont pas encore pu rentrer. Le vice-gouverneur Rémy Saki l'a reconnu après avoir remis des vivres à 600 familles d'accueil : certains déplacés manquent d'argent pour rentrer, leurs maisons ont été brûlées, ils n'ont ni outils ni vêtements pour reprendre les activités agricoles. « Nous demandons au gouvernement central de prêter une oreille attentive au cri d'alarme du gouvernement provincial », a-t-il déclaré.


Le député national Garry Sakata, élu de Bagata, a salué les progrès obtenus mais a signalé que plusieurs villages du secteur Wamba, dans le territoire de Bagata au Kwilu, restent occupés. Les écoles sont fermées, les activités agricoles suspendues, les agents de l'État rappelés.


En mai 2026, une nouvelle attaque meurtrière a visé la ferme « Ndaku ya Pembe » à Maluku, avec un couple tué à la machette et un jeune homme grièvement blessé. Les auteurs présumés seraient des partisans d'un chef désigné sous le surnom « B52 », en détention mais qui refuserait d'appeler ses hommes à se rendre.


Le prise de parole d’un capitaine


C'est dans ce contexte que les déclarations d'un officier de l'armée ont pris une résonance particulière. Fin décembre 2025, le porte-parole des opérations Ngemba, dans l'ouest du pays, le capitaine Antony Mualushayi, avait affirmé publiquement que des proches du pouvoir seraient derrière le mouvement Mobondo. Il avait évoqué des contacts entre les miliciens Mobondo et des groupes armés actifs à l'est du pays, la détention de cartes d'identification militaires par des combattants, et une structuration qui dépassait le simple conflit communautaire.


Ces déclarations lui ont coûté deux mois à Kinshasa. Rappelé par sa hiérarchie, il a été entendu par la première zone de défense. Fin février 2026, le capitaine Mualushayi a été autorisé à reprendre ses fonctions au sein de la onzième région militaire.


Des questions sans réponse


L'armée ne parle plus de « milice » mais de « rébellion ». Des actes de nomination manuscrits de responsables militaires ont été retrouvés. Certains combattants détenaient des cartes mentionnant leur grade. Dans certaines zones, des villages auraient été rebaptisés, des populations chassées, de nouveaux chefs coutumiers installés de force.


La question du financement et des éventuelles implications politiques fait l'objet d'enquêtes en cours, selon le gouvernement, qui dit « confirmer partiellement » certaines informations sans en préciser la nature.


Cyprien Banyanga, lui, n'a qu'une question. Elle est simple. Elle reste sans réponse : « Il faut que le gouvernement nous dise clairement si les chefs coutumiers ont été remplacés par les Mobondo. Et si oui, qu'est-ce qu'il compte faire ? »




 
 
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