Cameroun: à Buea, le Premier ministre appelle à sortir du cycle des violences dans les régions anglophones
Le Premier ministre camerounais était, lundi 28 septembre, à Buea, capitale de la région anglophone du Sud-Ouest. Joseph Dion Ngute y présidait un dialogue communautaire pour la paix, alors que la région, comme sa voisine du Nord-Ouest, vient de connaître un mois de septembre marqué par des attaques contre des civils menées par des groupes armés.

Ces attaques ont fortement perturbé la rentrée scolaire et rappellent, près de dix ans après le début de la crise, que la violence fait toujours partie du quotidien dans de nombreuses zones du Cameroun anglophone. « Vous méritez un avenir au-delà du conflit », a martelé le Premier ministre en s'adressant aux gouverneurs, députés, élus municipaux, chefs traditionnels et organisations de la société civile réunis à Buea.
Huit ans après le grand dialogue national d'octobre 2019, qu'il avait présidé, Joseph Dion Ngute a dressé la liste des conséquences de cette crise qui n'est toujours pas résolue : des vies perdues, des écoles et des infrastructures détruites, ainsi qu'un recul économique.
Pour le chef du gouvernement camerounais, le dialogue doit désormais déboucher sur des résultats concrets : « Le dialogue entre les communautés ne doit pas se transformer en une nouvelle série de réunions où l'on discute, où l'on se serre la main et où l'on rentre chez soi. Le dialogue doit produire des résultats. » Il a également prévenu : « Le Sud-Ouest ne peut pas se permettre de voir une nouvelle génération grandir en croyant que le conflit est la norme. »
Multiplication des violences à la rentrée
Pourtant, c'est un mois de rentrée scolaire marqué par une forte insécurité qui s'achève dans les deux régions anglophones. Vendredi 25 septembre, par exemple, le proviseur d'un lycée public a été blessé par balles lors d'une tentative d'enlèvement dans la banlieue de Bamenda, dans le Nord-Ouest. Des messages menaçants ont également circulé de manière anarchique sur les réseaux sociaux. « N'importe qui peut envoyer son propre message sans véritable coordination ni fondement stratégique, simplement parce qu'il dispose d'un espace de communication ouvert. (...) La troisième semaine de la rentrée scolaire, alors que les activités tentaient de reprendre, des coups de feu ont éclaté, effrayant la population ; cette semaine-là a donc été marquée par une fermeture totale », raconte Fon Nsoh, coordinateur de l'ONG COMINSUD et basé à Bamenda.
Plus tôt dans le mois, le 8 septembre, cinq enseignants avaient été enlevés lors d'une attaque contre l'École normale des instituteurs de Wum, dans le département de la Menchum, toujours dans la région du Nord-Ouest, avant d'être libérés le lendemain.
Des couvre-feux ont également été imposés par des groupes armés séparatistes dans plusieurs localités, accompagnés de menaces destinées à dissuader les parents d'envoyer leurs enfants à l'école. « Les séparatistes continuent d'affirmer qu'ils ont un calendrier scolaire différent de celui du gouvernement de Yaoundé. (...) Nous avons lancé une campagne de plaidoyer d'un mois pour soutenir les enseignants, encourager les parents à envoyer leurs enfants à l'école et pour appeler les séparatistes a cessé d'utiliser l'éducation comme levier dans cette guerre », déplore Amadu Tarnteh, secrétaire exécutif de l'ONG Conscience Africaine. Les acteurs de la société civile du Nord-Ouest et du Sud-Ouest décrivent ainsi une rentrée scolaire 2026 encore très inégale selon les territoires et d'une semaine à l'autre, bien loin d'un retour à la normale.





