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Kenya: le chantier de la méga-raffinerie Dangote inauguré à Lamu devant plusieurs chefs d'État africains

29 sept.
4 min de lecture

Le chantier de la méga-raffinerie du groupe nigérian Dangote a été lancé mercredi 30 septembre dans le port de Lamu, sur la côte du nord-est du Kenya. Si les présidents kenyan, ougandais, béninois et togolais, ainsi que le Premier ministre éthiopien, ont assisté à la cérémonie, le projet, qui vise la production de 700 000 barils de pétrole brut traités par jour d'ici 2030, fait déjà l'objet d'un recours en justice d'habitants du comté.


Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président ougandais Yoweri Museveni, le président kényan William Ruto, le président-directeur général du groupe Dangote, Aliko Dangote, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, le ministre béninois Romuald Wadagni et le Togolais Jean-Lucien Savi de Tove procèdent à un geste symbolique lors de la cérémonie de pose de la première pierre de la raffinerie de pétrole au port de Lamu, le 30 septembre 2026.
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président ougandais Yoweri Museveni, le président kényan William Ruto, le président-directeur général du groupe Dangote, Aliko Dangote, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, le ministre béninois Romuald Wadagni et le Togolais Jean-Lucien Savi de Tove procèdent à un geste symbolique lors de la cérémonie de pose de la première pierre de la raffinerie de pétrole au port de Lamu, le 30 septembre 2026.

Les chefs d'État et de gouvernement présents aux côtés d'Aliko Dangote ont revêtu une veste et un casque de chantier et donné un coup de pelle symbolique pour marquer le lancement des travaux. Ils étaient entourés d'engins de chantier arrivés la semaine précédente. La cérémonie est aussi symbolique par son lieu : elle a eu lieu dans l'enceinte du port de Lamu, au bord de l'océan Indien, alors que la raffinerie doit en réalité être construite juste à côté.


Après ce coup de pelle, les discours se sont succédé et ont largement salué un projet historique, raconte notre correspondante sur place, Albane Thirouard. Cette raffinerie, « c'est l'Afrique qui se rassemble pour construire l'Afrique », a déclaré Aliko Dangote, qui a insisté sur le besoin d'industrialiser le continent et de transformer ses ressources localement.


« Changer l'économie du Kenya »


Le président kényan, William Ruto, a applaudi un « investissement qui va changer l'économie du Kenya », promettant des créations d'emplois, la naissance d'industries dérivées et des retombées pour l'économie locale. Il a aussi souligné que cette raffinerie doit servir le Kenya mais aussi ses pays voisins, notamment en réduisant leur dépendance à l'importation de carburants. « Ce projet est la déclaration du fait que l’Afrique est entrée dans une nouvelle ère dans laquelle nous allons de plus en plus financer, construire, transformer et créer de la valeur ici, chez nous », a également déclaré ce dernier.


Le projet a pourtant à peine débuté qu'il fait déjà l'objet d'oppositions dans le comté de Lamu. Il est visé par un recours en justice : des habitants affirment que les terres où sont installées leurs familles sont menacées par plusieurs projets de développement, dont la raffinerie.


Ce recours a été évoqué lors de la cérémonie, d'abord par le gouverneur du comté de Lamu, qui s'est adressé en swahili aux habitants. Qualifiant les plaignants d'« ennemis de Lamu », Issa Timamy a ensuite préféré insister sur des retombées économiques du projet pour sa région : « Cette raffinerie a le potentiel de créer des opportunités bien au-delà de son enceinte. Aux habitants de Lamu, je dis : c’est le moment de nous préparer. J’encourage nos jeunes à se former et à saisir les opportunités qui vont se présenter. J’encourage également les acteurs économiques locaux à s’organiser, à renforcer leurs standards et à se préparer à la concurrence ».


Aliko Dangote a pour sa part affirmé qu'il ne craignait pas ceux qui ont déposé ce recours. « Nous n’avons pas vraiment peur que des gens nous traînent devant les tribunaux. Quiconque cherchera à nous causer des problèmes, nous sommes prêts à y faire face et nous leur donnerons des maux de tête », a-t-il affirmé.


60 000 emplois annoncés


Avec cette raffinerie, qui pourrait constituer l'investissement privé le plus important qu'ait connu le Kenya, le pays espère devenir une porte d'entrée pour le marché pétrolier en Afrique de l'Est. Aliko Dangote prévoit la création de 60 000 emplois directs et indirects autour de Lamu et prédit une forte augmentation de l'activité dans la région au cours des prochaines années.


La future raffinerie va nécessiter un approvisionnement continu en pétrole brut, mais aussi en combustibles, en eau et en électricité. Le projet inclut la mise en service d'usines de dessalement et de recyclage de l'eau, ainsi que la construction d'une centrale électrique dédiée de 1 000 mégawatts.


L'approvisionnement en pétrole brut devrait principalement se faire via le port en eaux profondes de Lamu, situé dans la baie de Manda, sur la côte continentale, et mis en service en mai 2021.


À partir de mi-décembre, le Kenya doit justement lancer une production commerciale de pétrole brut dans le bassin de South Lokichar. Mais les objectifs annoncés, entre 20 000 et 50 000 barils quotidiens à terme, sont très modestes par rapport aux capacités de la méga-raffinerie. Le reste du brut nécessaire à son fonctionnement sera acheminé depuis l'étranger, toujours via le port en eaux profondes. Les gisements ougandais et tanzaniens intéressent aussi Aliko Dangote.


Enfin, ce projet de raffinerie pourrait relancer le développement du corridor multimodal Lamu-Soudan du Sud-Éthiopie (LAPSSET), qui vise à faire du nord du Kenya une porte d'entrée commerciale pour les marchés de la corne de l'Afrique.


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